L’engouement pour la chantilly ou l’usage dérivé du protoxyde d’azote

L’engouement pour la chantilly ou l’usage dérivé du protoxyde d’azote …

« C’est quoi le délire avec la chantilly en ce moment à Lille ? » 

Voilà la réflexion que je me suis faite il y a de cela deux ans en voyant les trottoirs de Lille jonchés de ces petites capsule de «gaz à chantilly » comme je les appelais auparavant.

Depuis que je me suis renseignée sur ces « petites bonbonnes », j’ai compris que ce n’était pas une épidémie d’engouement pour la chantilly qui était en train de se propager dans les rues de Lille et des communes alentours « je sais bien qu’ils passent beaucoup d’émission culinaire à la Tv mais bon, allons chercher plus loin », mais bien un phénomène qui me concernait de bien plus près. En effet, je ne suis pas vraiment fan des émissions culinaires, ni de la chantilly à vrai dire. En revanche, étant psychologue spécialisée dans les addictions, mon intérêt fut bien plus titillé une fois que j’ai eu connaissance de l’utilisation qui été faite du gaz qu’elles contiennent. 

La petite histoire du protoxyde d’azote : 

Le N2O (protoxyde d’azote) plus connu sous le nom de « gaz hilarant », a été découvert fin du 18 ème siècle par Joseph Priestley, mais c’est au milieu du 19 ème siècle que le dentiste Horace Wells découvre ses effets anesthésiant et favorise des progrès dans les domaines de l’odontologie et de la chirurgie. 

De nos jours : 

* Ce gaz est donc toujours utilisé dans le domaine médical en tant qu’antalgique pour réduire des douleurs intenses de fractures ou de luxation, de contraction lors des accouchements et aussi en pédiatrie.  

* Mais aussi en tant qu’anesthésique lors d’opération nécessitant une anesthésie générale. Il est alors combiné à d’autres substances et en potentialise les effets. 

* Il est également utilisé dans les bonbonnes de chantilly et les bombes de gaz dépoussiérantes comme propulseur. 

Mais depuis la fin des années 90 : 

L’usage du protoxyde d’azote est détourné en France pour une utilisation « récréative » risquée de ses propriétés « psychodysleptiques ». 

Effets recherchés : 

Les effets sont rapides et intenses : Immédiatement, il provoque des sensations chaleureuses. Puis de 15 à 30 secondes après inhalation (pendant la « descente », les personnes peuvent décrire des sensations de « bien-être », des envies de rire incontrôlables, des perceptions visuelles et auditives et kinesthésiques modifiées, des idées nouvelles. Ces effets durent peu de temps. 

Effets indésirables : 

Mais le “protox” peut aussi tout aussi bien provoquer des nausées, des vomissements, et des vertiges. 

Une consommation « à risque et lourde de conséquences » :

L’inhalation de ce gaz expose très clairement à des risques multiples et majeures sur la santé tels que : 

* Des brûlures par le froid qui peuvent provoquer des lésions au niveau des lèvres et de la gorge si le gaz est inhalé directement depuis la bonbonne. 

* Des Œdèmes pulmonaires (liquide dans les poumons). 

* Des troubles cardiaques. 

* Une utilisation répétée risque de provoquer des troubles neurologiques liés à un déficit en vitamine B12. Ils sont observables via des tremblements et une mauvaise coordination des mouvements.

* De l’anémie.

* Des atteintes de la moelle osseuse et de la moelle épinière. 

* Il peut également favoriser l’apparition de troubles psychiques (troubles de l’humeur, attaques de panique, hallucinations et idées suicidaires, dépendance). 

* La mort par asphyxie.

Actualités : 

Le 05 Novembre, un communiqué l’AFCA (Association Française des centres d’Addictovigilance) lance une alerte sur l’augmentation des atteintes neurologiques sévères et irréversibles lors d’une consommation massive et/ou prolongé du « gaz hilarant ». http://www.addictovigilance.fr/IMG/pdf/communique_association_addictovigilance_protoxyde_azote_5_novembre_2019.pdf

C’est en tout vingt-cinq signalements d’effets sanitaires qui ont été notifiés dont dix cas d’atteintes neurologiques graves et huit dans la seule région des Hauts-de-France : https://www.drogues.gouv.fr/presse/augmentation-cas-graves-lien-lusage-detourne-de-protoxyde-dazote-gaz-hilarant-autorites ; www.addictovigilance.fr

Les pouvoirs publics qui s’inquiètent de cette recrudescence et l’ARS (Agence Régionale de Santé) des Hauts de France a décidé d’accompagner les communes et les collectivités dans la sensibilisation et la prévention des dangers liés à l’usage récréatif du protoxyde d’azote en débloquant 200 000 euros. https://www.hauts-de-france.ars.sante.fr/protoxyde-dazote-lars-mobilise-200-000-euros-pour-lutter-contre-lusage-detourne-de-ce-gaz-hilarant

Les communes luttent sont également de plus en plus nombreuses à lutter activement en limitant l’accès en vente libre aux mineurs par des arrêtés municipaux.

Que faire si je connais des personnes qui consomment du “protox” ?  : 

Je peux déjà commencer par m’informer moi même des risques immédiats et des symptômes et en parler à ces personnes.

Je peux prendre connaissance des numéros et adresses qui pourraient m’être utiles et que je pourrai communiquer aux personnes concernées.

Dans la région des Hauts de France : 

Vous pouvez contacter Drogue-info-service qui propose un dispositif d’aide à distance. Mais aussi les CSAPA (centres de soins, d’accompagnement et de prévention des addictions) : Voici le lien vers l’annuaire des CSAPA de la région des Hauts de France : https://hautsdefrance-addictions.org/page-29-0-0.html#menu , et celui des CJC (consultations jeunes consommateurs) sur le site Drogue-info-service ou contacter l’ARS à l’adresse suivante : ARS-HDF-PPS@ars.sante.fr

 

J’ai rédigé cet article dans le but de sensibiliser un maximum de personnes aux dangers de l’usage de cette substance car sous son aspect inoffensif et en vente libre* les risques que le protoxyde d’azote peut engendrer sur la santé de ses utilisateurs sont majeurs.

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